
Paludisme : pourquoi le vaccin ne suffira pas à sauver les enfants du bassin du lac Victoria

Grace Wanjiru
Environnement · Kenya
Le déploiement du vaccin RTS,S dans l'ouest du Kenya nourrit l'espoir. Mais dans les villages de Homa Bay, la bataille se joue autant dans les dispensaires que dans les marécages où prolifèrent les moustiques.
Dans le dispensaire de Kendu Bay, au bord du lac Victoria, l'infirmière Dorcas Atieno tient un registre où s'alignent les noms des nourrissons vaccinés. « Depuis que le vaccin est arrivé, les mères viennent plus volontiers. Elles ont l'impression qu'on leur donne enfin une arme. » Le comté de Homa Bay figure parmi les zones du Kenya où le paludisme reste endémique, avec des taux de transmission qui comptent parmi les plus élevés du pays.
L'introduction progressive du vaccin antipaludique, recommandé par l'Organisation mondiale de la santé pour les enfants vivant dans les régions à forte transmission, marque une étape historique. Mais sur le terrain, les soignants tempèrent l'enthousiasme. Le vaccin réduit les formes graves ; il ne les efface pas.
Un espoir aux marges étroites
« Il faut être honnête avec les familles », insiste le docteur Peter Omondi, qui coordonne un programme de lutte antivectorielle dans la région. « Le vaccin protège partiellement. Un enfant vacciné peut encore attraper le paludisme. Si les parents relâchent l'usage des moustiquaires, on perd le bénéfice. »
Le message est délicat à faire passer. Dans un contexte où la défiance vaccinale, alimentée par les rumeurs des années Covid, n'a jamais totalement disparu, présenter un vaccin comme « partiel » peut être mal reçu. Les agents de santé communautaires marchent sur une ligne de crête : convaincre sans surpromettre.
« Une mère m'a dit : si le vaccin ne protège pas complètement, à quoi bon ? J'ai dû lui expliquer que réduire le risque de mourir, ce n'est pas rien », raconte Dorcas Atieno.
Les moustiques changent, les stratégies aussi
La complexité vient aussi de l'adversaire lui-même. Les entomologistes observent depuis plusieurs années une résistance croissante des anophèles aux insecticides utilisés dans les moustiquaires imprégnées. Certaines espèces ont modifié leur comportement, piquant plus tôt dans la soirée, avant que les familles ne se glissent sous leur moustiquaire.
À cela s'ajoute un facteur environnemental majeur : la prolifération de la jacinthe d'eau sur les rives du lac Victoria. Cette plante envahissante crée des zones d'eau stagnante idéales pour la reproduction des larves. « On ne peut pas séparer la santé de l'écologie du lac », plaide Peter Omondi. « Nettoyer les berges, c'est aussi lutter contre le paludisme. »
Ce qu'exige une victoire durable
Les experts locaux convergent vers une approche intégrée, loin de la solution miracle :
- maintenir et renouveler les moustiquaires imprégnées, dont l'efficacité diminue avec l'usure ;
- renforcer le diagnostic rapide et l'accès aux traitements dans les zones reculées, où une fièvre non traitée peut tuer en quelques jours ;
- agir sur l'environnement, notamment la gestion de la jacinthe et l'assainissement des eaux stagnantes près des habitations.
Le financement reste le nerf de la guerre. Les programmes de lutte antipaludique en Afrique de l'Est dépendent largement de fonds internationaux, dont la pérennité n'est jamais garantie. Toute baisse d'engagement des bailleurs se traduit très concrètement par des ruptures de stock de traitements ou des campagnes de distribution retardées.
À Kendu Bay, Dorcas Atieno referme son registre à la tombée du jour, l'heure précisément où les moustiques deviennent les plus actifs. Elle sait que le vaccin a changé quelque chose dans le regard des mères : il a introduit l'idée que le paludisme n'est pas une fatalité. Mais elle sait aussi que cette maladie, première cause de mortalité infantile dans son comté, ne cédera qu'au prix d'une vigilance de tous les instants, moustiquaire après moustiquaire, saison après saison.
« Le vaccin est un début », dit-elle. « Pas une fin. » Une nuance qui résume tout l'enjeu de la santé publique en zone endémique : célébrer les avancées sans jamais baisser la garde.
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Aminata Diallo

Léa Dubois-Kouassi
Discussion
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Log in to comment- Amadou Osei1 février 2026
La diaspora a besoin de lire ça.
- Modou Ouédraogo24 février 2026
Analyse limpide, merci pour ce travail.
- Inès Sy25 février 2026
Bravo pour la nuance, c’est rare sur ce sujet.
- Hanna Benali5 mars 2026
Analyse limpide, merci pour ce travail.
- Fatou Sow5 mars 2026
Un point de vue rafraîchissant, hâte de lire la suite.
- Seydou Osei14 mars 2026
Texte puissant. Je le partage à toute ma famille.
- Ibrahima Wanjiru17 mars 2026
Des chiffres, des noms, du terrain — du vrai journalisme.
- Moussa Okafor16 avril 2026
Plus de contenus comme celui-ci, s’il vous plaît !
- Kamau Ekra20 avril 2026
Un regard à la fois lucide et plein d’espoir.
- Samuel Mabiala20 avril 2026
Je ne suis pas d’accord avec la conclusion, mais le raisonnement est solide.
- Malik Achieng2 mai 2026
Pertinent et bien documenté. Abonné convaincu.
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