
Tribune : arrêtons de confondre stabilité et immobilisme

Thierry Kacou
Politique · Côte d'Ivoire
On nous vend depuis trop longtemps la stabilité comme l'horizon indépassable de la politique africaine. Mais une stabilité qui interdit toute alternance n'est pas de la paix : c'est de la peur institutionnalisée.
Il est un mot que je n'entends plus sans méfiance : stabilité. On l'invoque à tout propos, comme un talisman. Stabilité pour rassurer les investisseurs, stabilité pour éviter le chaos, stabilité pour justifier qu'on ne change rien. À force de tout justifier, ce mot ne veut plus rien dire — ou plutôt, il veut dire une chose qu'on n'ose pas nommer : l'immobilisme.
La grande confusion
Un pays stable, dans le langage de nos élites, est un pays où rien ne bouge. Où le même homme dirige depuis vingt ou trente ans. Où l'opposition est domestiquée, la presse tenue, la société civile surveillée. On appelle cela la paix. Je persiste à croire que c'est autre chose.
La vraie stabilité, ce n'est pas l'absence de mouvement. C'est la capacité d'un pays à changer de dirigeants sans changer de régime, à traverser une crise sans se déchirer, à contester le pouvoir sans le renverser dans le sang.
Cette stabilité-là, la seule qui vaille, repose sur des institutions, pas sur des hommes. Elle admet l'alternance comme un fonctionnement normal, et non comme une menace existentielle. Elle considère qu'un président qui part est un signe de santé, pas de faiblesse.
Le prix de la fausse paix
La confusion entre stabilité et immobilisme a un coût terrible. Quand une société n'a plus de voie pacifique pour exprimer son désir de changement, ce désir ne disparaît pas. Il s'accumule, se comprime, et finit par exploser — dans la rue, ou dans les casernes.
Les coups d'État qui ont secoué le Sahel ne sont pas tombés du ciel. Ils ont poussé sur le terreau de régimes qui avaient confondu leur propre survie avec la stabilité du pays. En verrouillant tout, ils ont préparé leur propre chute et, souvent, quelque chose de pire encore.
Ce que je refuse
Je refuse le chantage qu'on nous impose : la stabilité autoritaire ou le chaos. Ce faux choix est un piège tendu à nos peuples pour les résigner. Comme si l'Afrique était condamnée à choisir entre l'homme fort et l'effondrement.
- Je refuse qu'on appelle sagesse la peur de laisser le peuple décider.
- Je refuse qu'on nomme paix le silence obtenu par la contrainte.
- Je refuse qu'on présente la longévité au pouvoir comme une vertu, alors qu'elle est le plus souvent le symptôme d'une démocratie confisquée.
Un autre horizon
Il existe une troisième voie, exigeante mais réelle. Des institutions solides, une justice indépendante, des médias libres, une alternance pacifique. Ce n'est pas un rêve importé, c'est une aspiration profondément partagée par nos peuples, quoi qu'en disent ceux qui préfèrent les tenir en tutelle.
Regardez la ferveur des jeunesses de Dakar, de Bamako, d'Abidjan quand elles descendent réclamer le changement. Ce ne sont pas des fauteurs de troubles. Ce sont des citoyens qui refusent qu'on confisque leur avenir au nom d'une stabilité qui ne profite qu'à quelques-uns.
La paix véritable ne se décrète pas d'en haut. Elle se construit par le mouvement, par le débat, par la respiration démocratique. Un pays vivant est un pays qui bouge. Cessons d'avoir peur de ce mouvement. C'est lui, et non son étouffement, qui nous protégera du chaos.
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Aminata Diallo

Léa Dubois-Kouassi
Discussion
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Log in to comment- Ama Wanjiru6 mars 2026
Pertinent et bien documenté. Abonné convaincu.
- Léa Bennani11 mars 2026
Enfin un regard qui sort des clichés sur le continent.
- Kamau Okafor23 mars 2026
Des chiffres, des noms, du terrain — du vrai journalisme.
- Rokia Eze13 mai 2026
Pertinent et bien documenté. Abonné convaincu.
- Kwabena Hailu13 mai 2026
Exactement le genre de contenu qui manquait.
- Divine Bennani28 juin 2026
Enfin un regard qui sort des clichés sur le continent.
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