
Nous, agriculteurs du plateau, ne sommes pas les coupables du climat que nous subissons

Yohannes Tesfaye
Politique · Éthiopie
Tribune. On nous parle de sobriété et de reboisement pendant que nos récoltes brûlent. Il est temps que le débat climatique cesse de faire de nous des accusés plutôt que des victimes.
Je viens d'une famille de paysans du plateau du Wollo, dans le nord de l'Éthiopie, une terre qui a connu les grandes famines et qui les redoute chaque saison. J'écris cette tribune avec la colère lente de ceux qui, année après année, entendent des experts venus d'ailleurs leur expliquer comment vivre, alors même qu'ils survivent depuis des générations sur des sols que le ciel abandonne.
La sécheresse ne lit pas les rapports
On nous répète que l'agriculture est responsable d'une part des émissions, que le bétail pollue, que le labour épuise les sols. Peut-être. Mais laissez-moi poser une question simple : combien de tonnes de carbone a émis, dans toute sa vie, un paysan du Wollo qui n'a jamais possédé de voiture, jamais pris l'avion, jamais chauffé sa maison autrement qu'avec le bois qu'il ramasse ?
"On demande à ceux qui n'ont rien émis de faire les efforts que ceux qui ont tout émis refusent de consentir."
Voilà l'injustice fondamentale du discours climatique tel qu'il nous parvient. Les grandes puissances industrielles ont bâti leur richesse en brûlant des énergies fossiles pendant deux siècles. Aujourd'hui, elles nous somment de préserver nos forêts, de renoncer au charbon, de "verdir" notre développement, tout en peinant à financer les fonds d'adaptation qu'elles nous ont promis lors de chaque conférence internationale.
Ce que nous savons faire, et qu'on ignore
Ce que je refuse, ce n'est pas l'effort écologique. C'est la posture qui fait de nous des élèves ignorants. Nos anciens pratiquaient la rotation des cultures, l'agroforesterie, la conservation des semences locales bien avant que ces mots n'entrent dans le vocabulaire des ONG. Les terrasses qui retiennent la terre sur nos collines ont été creusées à la main, sans subvention, par des communautés qui comprenaient l'érosion mieux que n'importe quel consultant.
Les programmes de reboisement massifs, ces campagnes où l'on annonce des centaines de millions d'arbres plantés en une journée, font de beaux titres. Mais combien de ces arbres survivent après la saison ? Qui les arrose ? Qui protège les jeunes pousses du bétail affamé ? Planter est facile ; faire pousser, c'est le travail patient des paysans, celui que personne ne filme.
Adaptation, pas culpabilisation
Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de leçons de morale, mais de moyens concrets. Des variétés de teff et de sorgho résistantes à la sécheresse. Des systèmes d'irrigation adaptés à nos pentes. Des prévisions météorologiques fiables dans nos langues, transmises à temps pour décider quand semer. Une assurance récolte qui ne ruine pas une famille quand la pluie manque.
Le changement climatique est réel, et il nous frappe plus fort qu'ailleurs. Les saisons se dérèglent, les pluies arrivent trop tard ou trop violemment, emportant en une nuit le travail d'une année. Nous en sommes les premières victimes, pas les architectes.
Alors oui, nous participerons à protéger cette terre. Nous l'avons toujours fait, parce que c'est notre survie. Mais que l'on cesse de nous traiter en accusés. La justice climatique commence par nommer correctement les responsabilités. Et le paysan du Wollo, croyez-moi, a la conscience plus légère que bien des gouvernements qui prêchent la sobriété depuis leurs capitales illuminées.
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Aminata Diallo

Léa Dubois-Kouassi
Discussion
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Log in to comment- Imane Ilunga23 juin 2026
Merci de donner la parole à celles qu’on n’entend jamais.
- Imane Keïta24 juin 2026
Pertinent et bien documenté. Abonné convaincu.
- Khadija Laurent29 juin 2026
Texte puissant. Je le partage à toute ma famille.
- Kofi Owusu30 juin 2026
Texte puissant. Je le partage à toute ma famille.
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