
Le Golfe de Guinée, nouvelle frontière de l'insécurité maritime

Thierry Kacou
Politique · Côte d'Ivoire
Piraterie, pêche illégale, trafics : les eaux qui bordent l'Afrique de l'Ouest sont devenues un enjeu stratégique majeur. Et la souveraineté maritime, longtemps négligée, s'impose comme un chantier vital.
Depuis le port de San-Pédro, deuxième port ivoirien, on ne voit pas la menace. Elle se joue plus loin, au large, dans ces eaux du golfe de Guinée que les cartes présentent comme paisibles et que les marins savent dangereuses. Ici transitent le cacao, le pétrole, les marchandises d'une région entière. Ici opèrent aussi pirates, pêcheurs illégaux et trafiquants.
Une piraterie qui s'est déplacée
Longtemps, l'imaginaire de la piraterie était fixé sur la Corne de l'Afrique et les côtes somaliennes. Puis les efforts internationaux ont refoulé la menace de l'océan Indien. Elle a ressurgi, avec force, dans le golfe de Guinée, devenu l'une des zones les plus dangereuses au monde pour les gens de mer.
Les modes opératoires ont évolué. Aux attaques de cargaisons ont succédé les enlèvements d'équipages contre rançon, plus lucratifs et plus difficiles à combattre. Des marins sont retenus des semaines dans les mangroves du delta, otages d'une économie criminelle bien organisée.
La mer n'a pas de frontières visibles, mais elle a des souverainetés. Le problème, c'est que nos États ont longtemps regardé vers la terre en oubliant qu'une part de leur richesse et de leur vulnérabilité venait de l'eau.
Le fléau silencieux de la pêche illégale
Moins spectaculaire que la piraterie, la pêche illégale ravage pourtant l'économie côtière. Des navires-usines étrangers, opérant sans licence ou avec des autorisations douteuses, vident les eaux ouest-africaines de leurs ressources.
Pour les pêcheurs artisanaux de Grand-Lahou ou de Sassandra, le constat est brutal : les prises diminuent, les revenus s'effondrent, des communautés entières s'appauvrissent. Cette prédation, invisible depuis la côte, mine les moyens de subsistance de centaines de milliers de familles.
- Les pertes économiques liées à la pêche illégale se chiffrent en centaines de millions de dollars pour la région.
- La surveillance des zones économiques exclusives reste très en deçà des besoins.
- Les moyens navals des États côtiers sont souvent obsolètes ou insuffisants.
L'amorce d'une réponse régionale
Face à cette menace multiforme, une prise de conscience a émergé. Le processus de Yaoundé, cadre de coopération maritime pour le golfe de Guinée, a posé les bases d'une action concertée entre États côtiers. Centres de coordination, partage d'informations, patrouilles conjointes : les intentions sont là.
Mais entre les déclarations et la réalité opérationnelle, le fossé demeure large. La coopération maritime souffre des mêmes maux que l'intégration régionale : rivalités entre États, manque de moyens, souverainetés jalousement gardées quand elles devraient être mutualisées.
Un enjeu de souveraineté totale
La question maritime concentre, en réalité, tous les défis du continent. Elle exige de la coopération là où domine la méfiance. Elle demande des investissements de long terme là où prime le court terme. Elle appelle une vision stratégique là où l'urgence dicte souvent l'action.
Reprendre le contrôle de ses eaux, c'est reprendre le contrôle d'une part majeure de son destin économique et sécuritaire. Tant que le golfe de Guinée restera une zone grise, mal surveillée et disputée, l'Afrique de l'Ouest laissera à d'autres — pirates ou puissances — le soin d'y écrire la loi. La souveraineté commence aussi au large des côtes, là où personne ne regarde et où pourtant tout se joue.
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Aminata Diallo

Léa Dubois-Kouassi
Discussion
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Log in to comment- Imane Diop5 mars 2026
Merci de donner la parole à celles qu’on n’entend jamais.
- Nafissatou Osei30 avril 2026
Texte puissant. Je le partage à toute ma famille.
- Salma Laurent8 mai 2026
Bravo pour la nuance, c’est rare sur ce sujet.
- Akosua Mwangi21 mai 2026
Une tribune courageuse. Respect.
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