
Ces femmes qui ont fait la résistance et que les manuels ont effacées

Nadia Benali
Histoire & Mémoire · Maroc
De la montagne rifaine aux prisons du protectorat, des Marocaines ont combattu la colonisation les armes à la main ou par la ruse. L'histoire nationale les a réduites au silence. Tribune pour une mémoire à réécrire.
Demandez à un lycéen marocain de citer un héros de la résistance à la colonisation. Il vous parlera d'Abdelkrim, de Moha ou Hammou Zayani, du sultan Mohammed V. Demandez-lui de citer une héroïne. Silence. Ce silence, je voudrais le briser.
Une résistance au féminin, invisibilisée
L'histoire officielle du Maroc a construit un panthéon exclusivement masculin. Les hommes combattent, négocient, gouvernent ; les femmes, au mieux, soutiennent en arrière-plan. C'est une falsification.
Les archives, quand on veut bien les lire, racontent autre chose. Dans le Rif des années 1920, des femmes ont transporté des armes, soigné les blessés, espionné les positions ennemies, refusé de livrer les combattants. Certaines ont pris les armes elles-mêmes.
Une résistance n'est pas seulement une affaire de champs de bataille. Elle est faite de mille gestes obscurs, que l'Histoire, écrite par des hommes, a jugés indignes d'être retenus.
Des figures dont on ose à peine dire le nom
Il y eut des combattantes armées, dont la mémoire ne survit que dans des chants populaires transmis oralement. Il y eut des militantes urbaines, dans les années 1940 et 1950, qui participèrent à la lutte nationaliste, distribuèrent des tracts, organisèrent des manifestations, connurent la prison.
Je pense à ces femmes de Casablanca et de Fès dont les noms n'apparaissent dans aucun manuel, alors qu'elles ont payé leur engagement de leur liberté, parfois de leur vie. Leur effacement n'est pas un oubli innocent. C'est une décision, consciente ou non, de qui fait autorité sur le récit national.
Réécrire, mais comment ?
On me dira : les sources manquent. C'est vrai en partie. Les femmes ont moins écrit, on a moins écrit sur elles. Mais l'argument des sources est trop commode. Quand on veut retrouver une trace, on la cherche.
- Recueillir les mémoires orales avant que les derniers témoins disparaissent
- Relire les archives coloniales à la recherche des présences féminines
- Intégrer ces figures dans les programmes scolaires
- Résister à la tentation de fabriquer des héroïnes de propagande
Car il y a un piège. À vouloir réparer, on peut tomber dans l'excès inverse : inventer des icônes lisses, instrumentalisées à leur tour. Ce n'est pas ce que je réclame. Je réclame de la vérité, avec ses zones grises, ses ambiguïtés, ses figures imparfaites.
Une chercheuse me confiait récemment sa frustration. « Chaque fois que je propose un colloque sur les femmes dans la résistance, on me répond que c'est un sujet marginal, décoratif. Comme si la moitié de la population avait joué un rôle marginal dans son propre pays. »
Réécrire l'histoire de la résistance en y rendant les femmes visibles, ce n'est pas une concession à l'air du temps. C'est une exigence de justesse. Une nation qui ne connaît que la moitié de son passé se ment à elle-même. Et un pays qui efface ses résistantes prépare mal ses filles à devenir, à leur tour, des femmes libres.
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Aminata Diallo

Léa Dubois-Kouassi
Discussion
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Log in to comment- Moussa Sow4 juin 2026
Exactement le genre de contenu qui manquait.
- Achieng Kasongo17 juin 2026
Je ne suis pas d’accord avec la conclusion, mais le raisonnement est solide.
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