
Cacao amer : pourquoi le Ghana ne mange toujours pas son chocolat

Kwame Mensah
Économie · Ghana
Deuxième producteur mondial de fèves, le pays capte à peine quelques miettes de la valeur du chocolat. Dans les plantations de la Western Region, les planteurs vieillissants s'interrogent : à qui profite vraiment l'or brun ?
Dans son verger de cacaoyers à Sefwi Wiawso, dans la Western Region, Opanyin Kwabena Duah caresse une cabosse mûre d'un geste devenu machinal en quarante ans de métier. « Mon père plantait déjà. Moi, je plante encore. Mais mes fils ne veulent plus. Ils voient bien que le cacao ne nourrit plus son homme. » Autour de lui, les arbres portent les marques du temps : nombre d'entre eux ont dépassé leur pic de productivité depuis longtemps.
Le Ghana et la Côte d'Ivoire produisent ensemble la majorité du cacao mondial. Pourtant, la valeur ajoutée du chocolat, elle, se crée ailleurs : dans les usines de transformation d'Europe, dans les marques de luxe suisses et belges, dans les rayons des supermarchés du Nord. De chaque tablette vendue, une fraction dérisoire revient au planteur.
La malédiction de la matière première
Ce déséquilibre n'est pas une fatalité naturelle mais une architecture héritée. Les termes de l'échange ont été fixés à l'époque coloniale : le Sud produit la fève brute, le Nord la transforme et empoche la marge. Chaque tentative de remonter la chaîne de valeur se heurte à des barrières redoutables.
« On nous dit de transformer sur place. Mais transformer suppose de l'électricité stable, des machines, du financement et un accès aux marchés du Nord qui érigent des barrières tarifaires précisément contre les produits transformés. »
Nana Akosua Frimpong, économiste agricole à l'université de Cape Coast, pointe une ironie cruelle : les droits de douane des pays importateurs augmentent avec le degré de transformation. La fève brute entre presque librement ; le beurre de cacao un peu moins ; le chocolat fini se heurte à des tarifs élevés. « Le système est conçu pour nous maintenir producteurs de matière première. »
L'initiative du prix plancher
Face à la volatilité des cours mondiaux, le Ghana et la Côte d'Ivoire ont tenté une manœuvre inédite : imposer un différentiel de revenu décent, une prime destinée aux planteurs, ajoutée au prix de marché. L'idée, saluée comme un cartel du cacao, visait à reprendre la main sur la formation des prix.
Les résultats sont mitigés. Les grands acheteurs internationaux ont trouvé des moyens de contourner la prime, notamment en jouant sur d'autres composantes du prix. Et lorsque les cours mondiaux ont flambé récemment, en raison de mauvaises récoltes, ce sont les négociants qui ont capté l'essentiel de la hausse, pas les planteurs liés par des prix fixés en amont de la saison.
La relève introuvable
Le drame le plus silencieux est démographique. L'âge moyen des cacaoculteurs ne cesse d'augmenter. Les jeunes, comme les fils d'Opanyin Duah, désertent les plantations pour la ville ou l'orpaillage clandestin, le fameux galamsey qui ravage les sols et empoisonne les rivières.
« Si rien ne change, dans une génération, le Ghana ne produira plus de cacao », avertit Nana Akosua Frimpong. « On parle de transformation locale, mais il n'y aura bientôt plus rien à transformer si personne ne veut planter. »
Des voix appellent à un changement radical : investir massivement dans la transformation, négocier collectivement l'accès aux marchés du Nord, réhabiliter le métier de planteur par des revenus dignes. Le chocolat que le monde savoure repose sur le dos de vieillards fatigués. À Sefwi Wiawso, Opanyin Duah ramasse ses cabosses en silence. Il n'a jamais goûté à une tablette de chocolat fin. « On m'a dit que c'était très sucré », murmure-t-il. « Ici, on ne connaît que l'amertume. »
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Aminata Diallo

Léa Dubois-Kouassi
Discussion
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Log in to comment- Rokia Cissé12 mars 2026
Le passage sur la jeunesse est particulièrement juste.
- Blaise Hailu18 avril 2026
Une tribune courageuse. Respect.
- Imane Otieno19 avril 2026
Un point de vue rafraîchissant, hâte de lire la suite.
- Nadia Kasongo20 mai 2026
Des chiffres, des noms, du terrain — du vrai journalisme.
- Lamine Coulibaly25 mai 2026
Exactement le genre de contenu qui manquait.
- Sarah Kasongo31 mai 2026
Pertinent et bien documenté. Abonné convaincu.
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