
Newsletter — Cette semaine, j'ai vu Kinshasa danser sous la pluie

Blaise Mabiala
Sport · République démocratique du Congo
Chers lecteurs, un carnet plus personnel cette semaine : une pluie tropicale, un concert improvisé, et cette question qui me poursuit — d'où vient cette énergie créative qui refuse de s'éteindre ?
Bonjour à toutes et à tous,
Je vous écris ce matin depuis ma terrasse de Lemba, un café refroidi à portée de main, alors que la ville se réveille lentement. Cette semaine, je voulais vous raconter quelque chose d'un peu différent. Pas une enquête, pas une analyse. Juste une scène. Une de ces scènes qui, à Kinshasa, vous rappellent pourquoi on aime cette ville malgré tout ce qu'elle exige de vous.
Une pluie, un concert, une révélation
C'était mercredi soir. Une de ces pluies tropicales qui tombent d'un coup, comme si le ciel se vidait d'un seul geste. J'étais coincé sous l'auvent d'un petit bar à Bandalungwa, à attendre que ça passe, résigné à une soirée gâchée. Sauf qu'un groupe de jeunes musiciens s'y était réfugié comme moi, instruments sous le bras.
Et alors, sans se concerter, sans sono, sans public autre que la dizaine de trempés que nous étions, ils ont commencé à jouer. Une guitare, un tam-tam improvisé sur un bidon, des voix. Pour rien. Pour le plaisir. Pour tuer l'attente. La pluie battait la tôle en rythme, et eux, ils chantaient par-dessus, comme s'ils dialoguaient avec l'orage.
Il y a dans cette ville une énergie qui ne demande aucune permission pour exister. Elle jaillit dans les interstices, entre deux averses, entre deux galères. C'est peut-être ça, le vrai génie kinois.
J'ai filmé un bout avec mon téléphone, puis j'ai rangé l'appareil. Certains moments ne se capturent pas, ils se vivent. Quand la pluie s'est calmée, les musiciens ont ramassé leurs affaires, se sont serré la main, et sont repartis chacun de leur côté. Comme si de rien n'était. Comme si offrir un concert gratuit à des inconnus sous la pluie était la chose la plus naturelle du monde.
Ce que cela m'inspire pour PALABRE
Je repense souvent à des scènes comme celle-ci quand on me demande pourquoi je fais ce métier, pourquoi j'écris sur la culture congolaise. La réponse tient dans cette soirée. Parce que cette énergie mérite d'être racontée. Parce qu'elle est partout, invisible aux caméras internationales qui ne retiennent de nous que les crises et les malheurs.
Kinshasa n'est pas seulement la ville des embouteillages et des coupures d'électricité. C'est la ville où l'on invente une chanson sous un auvent, où l'on danse le ndombolo dans une rue inondée, où la créativité pousse comme l'herbe entre les dalles. Voilà ce que je veux vous montrer, semaine après semaine.
Dans les prochaines éditions
- Un portrait des stylistes de la sape nouvelle génération, entre héritage et rupture.
- Un reportage sur les jeunes producteurs qui fabriquent des tubes depuis leur chambre.
- Et, promis, un retour sur les Léopards, dont je n'ai pas fini de vous parler.
En attendant, je vous laisse avec une petite consigne, si vous le voulez bien. Cette semaine, ouvrez l'œil. Cherchez, dans votre quotidien, un de ces moments de grâce imprévue. Un enfant qui chante, un vendeur qui plaisante, une musique qui sort d'une fenêtre. Notez-le. Ces instants sont la matière première de tout ce que j'aime dans ce pays.
Prenez soin de vous. Et rappelez-vous : même sous la pluie, Kinshasa danse.
À la semaine prochaine,
Blaise, depuis Lemba.
Discussions
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Se connecter pour commenter- Ousmane Tazi12 décembre 2025
Je garde cet article, il fera référence.
- Karim Kasongo17 décembre 2025
Je garde cet article, il fera référence.






