
CHAN, CAN, Coupe du monde : la diaspora congolaise, ce douzième homme mondialisé

Blaise Mabiala
Sport · République démocratique du Congo
De Bruxelles à Johannesburg, les Congolais de l'étranger portent les Léopards à bout de bras. Enquête sur une diaspora qui a fait du football sa plus grande fierté partagée.
Un soir de match, il suffit de traverser certains quartiers de Bruxelles pour savoir que les Léopards jouent. Les drapeaux bleu ciel apparaissent aux fenêtres, les cafés se remplissent de maillots, les klaxons se tiennent prêts. À des milliers de kilomètres de Kinshasa, la République démocratique du Congo vibre par procuration. La diaspora, forte de plusieurs millions de personnes réparties sur trois continents, s'est imposée comme un supporter à part entière.
Le football comme lien avec le pays
Pour beaucoup de Congolais nés ou grandis à l'étranger, la sélection nationale est parfois le fil le plus solide qui les relie à la terre de leurs parents. Certains ne parlent qu'un lingala hésitant, n'ont jamais vécu à Kinshasa, connaissent le pays par les récits familiaux et les vidéos. Mais quand les Léopards entrent sur le terrain, quelque chose se réveille.
« Je suis né à Anvers, je n'ai foulé le sol congolais qu'une seule fois », raconte Kevin Ilunga, vingt-huit ans, animateur d'un club de supporters en Belgique. « Mais le jour où le Congo gagne, je me sens congolais à cent pour cent. C'est plus fort que moi. Le foot, c'est mon passeport émotionnel. »
« On peut débattre de politique et se déchirer. On peut ne pas être d'accord sur tout. Mais un soir de match, on est tous du même bord. Le maillot des Léopards, c'est le seul drapeau qui met tout le monde d'accord. »
Une force qui compte, mais mal exploitée
Cette ferveur n'est pas qu'affective. Elle a un poids concret. La diaspora finance des déplacements, achète des maillots, remplit les tribunes lors des matchs disputés en Europe. Plusieurs joueurs de la sélection sont eux-mêmes issus de cette diaspora, formés dans les centres européens avant de choisir de porter les couleurs congolaises. Ce vivier est une chance immense pour le pays.
Et pourtant, cette ressource reste sous-exploitée. Les liens entre la fédération et les clubs de supporters de l'étranger demeurent informels, souvent tendus. Les initiatives de la diaspora — collectes, événements, soutien aux jeunes talents — se heurtent parfois à un manque d'interlocuteurs et à une méfiance réciproque.
Ce que la diaspora pourrait apporter, si on l'écoutait
- Un réseau de détection des talents binationaux, pour convaincre les jeunes espoirs de choisir les Léopards.
- Un soutien financier structuré aux académies de jeunes au pays.
- Une billetterie et une logistique organisées pour les matchs à l'étranger, aujourd'hui gérées à la débrouille.
À Johannesburg, à Paris, à Londres, à Montréal, les scénarios se répètent. Des salles louées pour l'occasion, des écrans géants, des banderoles cousues à la maison. Après un but, on danse le ndombolo entre les tables, on appelle la famille restée au pays pour hurler ensemble. La distance s'abolit le temps d'une célébration.
Kevin Ilunga range les drapeaux à la fin de la soirée. Le match était nul, l'ambiance folle quand même. « Peu importe le résultat », dit-il. « Ce qui compte, c'est qu'on s'est retrouvés. » Voilà, peut-être, le vrai pouvoir du football pour une diaspora dispersée : non pas gagner des matchs, mais se rassembler. Un pays qui saurait vraiment mobiliser cette énergie tiendrait là un atout maître. Encore faudrait-il, à Kinshasa, décider de tendre la main.
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Se connecter pour commenter- Hanna Kouassi23 avril 2026
Un point de vue rafraîchissant, hâte de lire la suite.
- Divine Bennani30 avril 2026
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