
Retour au pays : le grand malentendu des enfants de la diaspora

Léa Dubois-Kouassi
Diaspora · France
Ils rentrent avec des rêves plein les valises et un CV européen. Mais l'Afrique qu'ils avaient fantasmée les attend rarement les bras ouverts. Enquête sur ces "repats" pris entre deux désillusions.
Quand Grâce Adjovi a quitté son emploi de consultante à La Défense pour s'installer à Abidjan, elle imaginait un retour triomphal. Franco-ivoirienne de 33 ans, diplômée d'une école de commerce parisienne, elle voulait "contribuer au continent", monter sa boîte, vivre enfin "chez elle". Deux ans plus tard, son bilan est plus nuancé. "Je pensais rentrer à la maison. J'ai découvert que j'étais, pour beaucoup ici, une étrangère de plus."
Le mythe du retour
Ils s'appellent entre eux les "repats", contraction de repatriates. Ces enfants ou petits-enfants de migrants, nés ou grandis en Europe, qui font le choix — de plus en plus fréquent — de s'installer sur le continent de leurs origines. Abidjan, Dakar, Accra, Lagos : les métropoles africaines les attirent, portées par une croissance démographique et économique qui contraste avec la morosité européenne.
Mais entre le fantasme et la réalité, l'écart peut être brutal. Beaucoup découvrent qu'ils ne connaissaient de leur "pays" que les vacances d'été, la maison familiale climatisée, l'accueil chaleureux réservé à l'invité de passage. Vivre au quotidien est autre chose.
"On m'appelle 'la Française'. Chez moi, à Paris, on m'appelait 'l'Africaine'. Je commence à croire que mon vrai pays, c'est l'avion."
Un accueil ambivalent
Le malentendu est réciproque. Sur place, l'arrivée de ces jeunes diplômés au CV international suscite des sentiments contrastés. De l'admiration, parfois. De la méfiance, souvent. Et un reproche qui revient : celui de "donner des leçons".
"Ils débarquent avec leurs certitudes, persuadés qu'ils vont réinventer le pays", grince Yao Konan, entrepreneur abidjanais qui a vu passer plusieurs de ces retours. "Certains sont formidables et s'adaptent. D'autres repartent au bout d'un an, déçus que ça ne marche pas comme à Paris."
- Des salaires locaux bien inférieurs à ce qu'ils gagnaient en Europe
- Des codes professionnels et relationnels à réapprendre entièrement
- Un soupçon de "privilège" qui colle à la peau du repat
Ceux qui tiennent
Pourtant, tous ne repartent pas. Une partie de cette génération s'accroche, apprend l'humilité, tisse patiemment un réseau. Grâce Adjovi, après une première année difficile, a fini par comprendre les règles du jeu. Elle a arrêté de comparer, s'est associée à des entrepreneurs locaux, a appris à écouter avant de proposer.
"Mon erreur, au début, c'était d'arriver en sauveuse. Comme si le pays m'avait attendue. Aujourd'hui, je sais que c'est moi qui ai besoin d'apprendre, pas l'inverse", reconnaît-elle. Son entreprise, dans la logistique, commence à trouver son marché.
Une richesse à condition de la mériter
Les économistes le soulignent : ces retours, quand ils réussissent, apportent des compétences, des capitaux, des réseaux internationaux précieux. La diaspora peut être un formidable moteur de développement. Mais à condition, disent les acteurs de terrain, qu'elle abandonne toute posture surplombante.
"Le continent n'a pas besoin de sauveurs venus d'Europe", résume la sociologue abidjanaise Adjoua Blé. "Il a besoin de partenaires qui viennent avec de l'humilité, du temps long, et l'envie sincère de construire avec, pas à la place de."
Pour Grâce, le retour n'a pas été celui qu'elle espérait. Il a été plus dur, plus long, plus humble. Mais peut-être, dit-elle, plus vrai. "Je ne suis pas rentrée au pays. Je suis en train de le construire, moi aussi. Et ça, personne ne me l'avait dit."
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Se connecter pour commenter- Bintou Boateng12 octobre 2025
Exactement le genre de contenu qui manquait.
- Wambui Ouédraogo12 octobre 2025
Ça résonne fort avec ce que je vis ici à Abidjan.
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