
Newsletter : ce que trois jeunes plumes m'ont appris cette semaine

Fatou Ndiaye
Arts & Littérature · Sénégal
Édition personnelle. Cette semaine, j'ai rencontré trois écrivains de moins de trente ans qui bousculent mes certitudes sur ce que devrait être la littérature sénégalaise d'aujourd'hui. Je vous les présente.
Chère lectrice, cher lecteur,
Il pleut sur Saint-Louis ce matin, une de ces pluies d'hivernage qui transforment les ruelles en rivières et donnent envie de rester enfermée avec un manuscrit et un thé brûlant. C'est exactement ce que j'ai fait, et je veux partager avec vous les trois voix qui ont occupé ma semaine.
Celle qui écrit la ville qui déborde
La première s'appelle Khady, elle a 24 ans, elle vit à Pikine. Son texte, un recueil de nouvelles encore inédit, raconte la banlieue dakaroise sans misérabilisme ni exotisme. Des taxis clandos, des amours contrariées, des mères qui tiennent tout à bout de bras.
Ce qui m'a saisie, c'est sa langue. Elle écrit un français traversé de wolof, non pas comme une faute, mais comme une musique assumée. « Je n'écris pas pour un jury parisien », m'a-t-elle dit. « J'écris pour ma voisine. » J'ai repensé à toutes ces fois où l'on m'a corrigée pour que je sonne « plus française ». Khady, elle, ne s'excuse de rien.
« La banlieue n'est pas un décor de reportage. C'est un monde entier, avec ses codes, sa beauté, sa littérature », m'a-t-elle lancé.
Celui qui ressuscite les mythes sérères
Le deuxième, c'est Malick, la trentaine tout juste. Historien de formation, il écrit une fantasy enracinée dans la cosmogonie sérère, ses génies, ses royaumes anciens, ses tambours sacrés. Un genre que l'on croit importé, qu'il rapatrie.
« On lit du Tolkien, des elfes, des dragons d'Europe du Nord. Mais nos propres mythes sont aussi puissants, aussi romanesques. Pourquoi devrait-on aller chercher l'imaginaire ailleurs ? » Sa question m'a hantée toute la semaine.
- Une fantasy nourrie de traditions sérères et wolof
- Un travail d'historien derrière chaque créature inventée
- Un public jeune, avide de récits qui lui ressemblent
Celle qui écrit en pulaar, sans complexe
La troisième, Ramata, m'a le plus bouleversée. Elle écrit directement en pulaar. Pas de traduction, pas de béquille française. Elle sait qu'elle limite son lectorat. Elle s'en moque.
« Ma langue existait avant la France. Elle existera après. Je ne vais pas attendre qu'un éditeur de Paris me donne la permission d'écrire dans la langue de mes ancêtres. » Vous savez à quel point ce combat me tient à cœur. L'entendre dans la bouche d'une fille de 22 ans m'a redonné foi.
Voilà pourquoi cette semaine me laisse pleine d'espoir. On répète que la jeunesse ne lit plus, que la littérature africaine est en crise. Ces trois-là me disent le contraire. Elle n'est pas en crise. Elle mue. Elle se réinvente loin des regards, dans les chambres de Pikine, dans les manuscrits en pulaar, dans les royaumes sérères ressuscités.
Gardez l'œil sur ces noms. Vous les entendrez bientôt. Et écrivez-moi : quelles jeunes plumes vous font vibrer, vous ?
Chaleureusement, depuis Saint-Louis sous la pluie.
Discussions
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Se connecter pour commenter- Sarah El Amrani30 septembre 2025
Des chiffres, des noms, du terrain — du vrai journalisme.
- Ibrahima Wanjiru17 octobre 2025
Un point de vue rafraîchissant, hâte de lire la suite.





