
Newsletter — Ce que le prix du carburant m'a appris cette semaine

Kwame Mensah
Économie · Ghana
Édition personnelle. Cette semaine, j'ai fait le plein à Osu et j'ai repensé à toute l'économie ghanéenne dans une seule transaction. Récit à hauteur de pompe, entre cedi qui glisse et pétrole qu'on importe.
Chers lecteurs,
Cette semaine, je vais vous parler d'une chose banale : faire le plein. Mardi matin, à la station-service d'Osu, j'ai regardé le compteur défiler et j'ai réalisé que le prix du litre avait encore grimpé depuis mon dernier passage. Rien d'extraordinaire pour un Ghanéen. Et pourtant, dans cette petite douleur au portefeuille, il y a toute l'économie de notre pays.
Une pompe, trois leçons
Première leçon : nous produisons du pétrole, mais nous n'en profitons pas comme on le devrait. Depuis la découverte des gisements offshore au large de nos côtes, le Ghana est producteur. Mais nous exportons le brut et importons le raffiné, faute de capacité de raffinage suffisante. Nous vendons bas et rachetons cher. C'est l'histoire du cacao qui se répète avec le pétrole.
Deuxième leçon : le cedi. Le carburant se paie en dollars sur les marchés internationaux. Chaque fois que notre monnaie perd de la valeur face au dollar, le prix à la pompe grimpe, indépendamment du cours mondial du baril. Cette semaine, ce n'est pas le pétrole qui a augmenté. C'est le cedi qui a glissé. Le conducteur de tro-tro ne fait pas la différence ; il paie, et il répercute sur ses passagers.
« Le prix du carburant est le thermomètre le plus honnête de notre économie. Il ne ment jamais sur l'état du cedi. »
L'effet domino que personne ne voit
Troisième leçon, la plus importante : rien n'augmente seul. Quand le carburant grimpe, tout suit. Le transport de marchandises coûte plus cher, donc la tomate au marché de Kaneshie renchérit. La vendeuse de waakye augmente son plat de quelques pesewas. L'inflation n'est pas un chiffre abstrait publié par une agence : c'est cette réaction en chaîne qui part de la pompe et se propage jusque dans nos assiettes.
J'ai discuté avec Abena, qui tient un étal près de la station. Elle m'a dit une chose que je n'oublierai pas : « Moi, je ne comprends rien à vos dollars et vos barils. Mais je sais que quand le taxi augmente, mon riz augmente, et mes clients achètent moins. » Voilà l'économie expliquée mieux que dans n'importe quel manuel.
Ce que je surveille
Dans les semaines qui viennent, je garde l'œil sur trois choses. La trajectoire du cedi face au dollar, d'abord, qui déterminera tout le reste. Les décisions de la banque centrale sur les taux, ensuite, qui tentent de freiner l'inflation au risque d'étouffer le crédit. Et enfin, le projet de raffinage local qui revient périodiquement dans les discours : sera-t-il enfin financé, ou restera-t-il une promesse électorale de plus ?
Je vous avoue une conviction personnelle : tant que nous exporterons du brut pour racheter du raffiné, tant que notre carburant sera libellé en une devise que nous ne maîtrisons pas, nous resterons prisonniers de cette vulnérabilité. La souveraineté économique commence par des choses très concrètes. Une raffinerie. Une monnaie stable. Une chaîne de valeur qui reste sur le sol national.
La prochaine fois que vous ferez le plein, je vous invite à faire ce que j'ai fait mardi : ne pas seulement râler contre le prix, mais lire, dans ce chiffre au compteur, le récit d'une économie qui cherche encore son indépendance.
À très vite, avec de nouvelles histoires venues des marchés, des ports et des kiosques d'Accra.
Kwame
Discussions
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Se connecter pour commenter- Aïcha Sangaré8 février 2026
Vous auriez pu creuser davantage le volet économique.
- Leïla Diallo14 février 2026
Analyse limpide, merci pour ce travail.
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