
Aux Ateliers de la Médina, la relève des artistes plasticiens sénégalais s'organise

Fatou Ndiaye
Arts & Littérature · Sénégal
Face à un marché de l'art dominé par quelques galeries et les grands rendez-vous internationaux, de jeunes plasticiens dakarois inventent des espaces de création collectifs pour exister sans attendre l'onction de l'étranger.
Au cœur de la Médina, quartier populaire et dense de Dakar, une ancienne cour de maison a été transformée en atelier partagé. Sur les murs sèchent des toiles aux couleurs violentes. Dans un coin, un sculpteur soude des carcasses de métal récupérées. Une odeur de peinture et de café flotte dans l'air. Bienvenue aux Ateliers de la Médina, l'un des lieux où se joue l'avenir de l'art sénégalais.
Ils sont une dizaine de jeunes plasticiens à partager ce lieu, à mutualiser les loyers, le matériel, les contacts. Une réponse collective à un marché qui leur laisse peu de place.
Un marché verrouillé
Le Sénégal jouit d'une réputation artistique enviable, portée notamment par sa grande biennale d'art contemporain, rendez-vous majeur du continent. Mais derrière le prestige, la réalité des jeunes créateurs est rude.
« Le marché est tenu par quelques galeries, quelques collectionneurs, quelques réseaux internationaux », explique Modou Faye, peintre de 29 ans, initiateur du collectif. « Si tu n'y entres pas, tu peux avoir tout le talent du monde, tu restes invisible. »
« On ne voulait plus attendre qu'un galeriste européen nous découvre pour exister. Alors on a créé notre propre espace », dit Modou Faye.
Créer ses propres circuits
La stratégie du collectif est claire : ne pas dépendre du bon vouloir des institutions. Ils organisent leurs propres expositions dans le quartier, ouvrent l'atelier au public, vendent directement, sans intermédiaire. Ils s'appuient aussi sur les réseaux sociaux pour toucher une clientèle, y compris dans la diaspora.
- Un atelier collectif pour mutualiser coûts et matériel
- Des expositions autoproduites, hors des circuits classiques
- Une vente directe qui contourne les galeries traditionnelles
« Sur les réseaux, un acheteur au Canada peut voir ma toile et l'acheter directement », raconte Aïda Ndiaye, plasticienne. « Je ne dépends plus d'un galeriste qui prend la moitié et décide si mon travail vaut la peine. »
Résister à l'extraversion
Un mot revient dans leurs bouches : l'extraversion. Cette tendance de l'art africain à se tourner vers l'étranger, à produire ce qui plaît aux collectionneurs occidentaux, à se penser d'abord pour un regard extérieur.
« On nous pousse à faire de l'art qui coche les cases : la souffrance, l'exil, l'exotisme, ce que l'Occident attend de nous », dénonce Modou Faye. « Nous, on veut peindre nos vies, nos joies, notre Dakar, pour les Dakarois d'abord. Si ça plaît ailleurs, tant mieux. Mais ce n'est pas le but. »
Cette exigence a un prix. Vendre à un public local, moins fortuné, rapporte moins que séduire un collectionneur étranger. Le collectif l'assume, quitte à galérer.
Le soir tombe sur la Médina. Les artistes rangent leurs pinceaux, se partagent un thé sous la lampe. Modou Faye contemple la cour encombrée de toiles. « Ici, personne ne nous a donné la permission d'exister », dit-il. « On l'a prise. Et c'est ça qui change tout. »
Discussions
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Se connecter pour commenter- Leïla Mensah9 mars 2026
Ça résonne fort avec ce que je vis ici à Abidjan.
- Moussa Tazi1 avril 2026
Question : avez-vous des sources sur le dernier chiffre cité ?





